
DE L’AMOUR AUSSI
Dans un cri je m’ouvre à la vie comme un premier regard perdu
Je lis le livre des émotions
Un manuel parcouru
Sans affection.
J’ai des questions, des illusions, ça sert à quoi d’être ici-bas
Je fais des efforts, je souris
J’essaie le chemin, là,
Par là aussi.
J’ai cru aux chapelles qui diffusent les mots doucereux des prêcheurs
Ils vantaient l’amour-paradis
J’y ai vu la froideur
De l’ennemi.
J’ai des questions, des illusions, ça sert à quoi d’être ici-bas
Je fais des efforts, je souris
Les hommes détruisent le nirvana
Ailleurs aussi.
Et quand mon cœur sera mort à force de battre la chamade
Qui me prendra encore la main
Quand je serai malade
Jusqu’à la fin.
J’ai des questions, des illusions, ça sert à quoi d’être ici-bas
Je fais des efforts, je souris
Demain n’attendra pas
Même loin d’ici.
Un jour les deux pieds dans la tombe mes utopies d’amours blessées
Que reste-t-il à taire
Je pourrai essayer
Un autre enfer.
J’ai des questions, des illusions, ça sert à quoi d’être ici-bas
Personne n’a la réponse, tant pis
Je donne ma langue au chat
Aux chattes aussi.
LE SILENCE
J’ai pris la route
Au phare
Avec une goutte
De fiel.
Je m’attendais
Nulle part
Je détournais
Le miel.
Il y avait
De l’eau
Sur le parquet
Du pont
Construit le rire
Des sots
Entretenir
Le son.
Je navigue en apnée
Loin de la foule
Pas envie d’écouter
Ça m’saoule.
Je navigue en sirène
Loin de Mossoul
Pas besoin d’oxygène
Ça coule.
J’éteins les yeux
Défense
Dans mes aveux
Au loin
J’échappe la voix
D’enfance
Que je m’octroie
En soin.
Laisse mon vaisseau
Se plaire
Tous les plus beaux
Fragiles
Mentent de leurs mots.
Se taire,
Avec de l’eau
Fébrile.
Je navigue au profond
Loin des bruyantes
J’arrête, je coupe le son
Flottante
Je suis dans mon caisson
Loin des consciences
J’arrête, je coupe le son
Silence !
S’IL FALLAIT TOUT RÉUSSIR
La neige ne tomberait pas sans bruit
Si le bonheur était bruyant
Il n’y aurait pas les regards qui fuient
Les corps perdus sur le divan.
On aurait quelqu’un à aimer
Quelque chose à protéger
La peau de l’autre à partager
On verrait de la beauté
…S’il fallait tout réussir.
J’aurais la musique de tes silences
Si l’amour avait des oreilles
Il n’y aurait pas la peur de l’absence
L’éloignement dans ton sommeil.
On aurait quelqu’un à aimer
Quelque chose à protéger
Le cœur de l’autre à partager
On verrait de la beauté
…S’il fallait tout réussir.
Notre quotidien ne serait pas sourd
Si tu voulais patienter là
A croire en nous comme on espère un jour
Retrouver l’amour qui s’en va.
Et si je pouvais te faire une place
On aurait des jours violets
Des licornes qui s’enlacent
Et l’horizon peu après.
…S’il fallait tout réussir
On l’aurait déjà fait.
DANS NOS MAINS
Il faudrait bien les dénoncer
Les despotes en pré-vente
Ceux qui derrière leurs simagrées
Nous mentent.
Il faudra bien dans le futur
Avant que la voix manque
Briser le silence des tortures,
Des tanks.
Il faudra peut-être un jour
Écouter
La pierre qui manque à la fierté
De nos mains
La lancer pour désarmer les murs
Inhumains.
Il faudra bien répondre non
A l’oppression des hommes
Entendre la mort, un canon
Qui sonne.
Il faudra bien avoir le courage
Dans la guerre qui menace,
Accuser l’animal sauvage,
En face.
Il faudra peut-être un jour
Écouter
la pierre qui manque à la fierté
De nos mains
La lancer pour désarmer les murs
Inhumains.
Et quand il sera trop tard.
Terminus.
Dans le chant de l’Angélus
Pour nos morts,
Ils seront bien pénards,
Nos remords.
PETITE SŒUR
On m’a montré un cœur en fleur
Une enfant au bout du doigt
On m’a dit, toi, t’es sa grand’ sœur,
J’avais pas le mod’emploi.
On s’est déchirées et aimées
Perçant le ciel de semblant
Tant de silence, de vérité
Nous n’étions que des enfants.
J’ai vu ta joue noyée de pleurs
C’était compliqué pour moi
Elle fait comme elle peut, ta grand’soeur
Et même si c’est n’importe quoi.
On n’savait pas se parler
Ni comment s’aimer
On n’savait pas se parler
Ni se regarder.
Je t’ai perdu toi et l’oubli
J’ai abandonné ta main
On n’savait pas derrière les cris
S’il y’aurait un lendemain.
J’ai entendu des mots trop forts
Qui ont dévasté ma sœur
Ils ont tiré du mirador
A bout touchant sa douleur.
On aura vécu des tempêtes
Des chavires et des naufrages
Les déceptions qui se répètent
Qui enracinent les dommages.
On n’savait pas se parler
Ni comment s’aimer
On n’savait pas se parler
Ni se regarder.
LES PAVES DU CIEL
Est-ce que j’aurai pu
Au gré de mes combats, croiser la vie à nu
Trouver dans les regards, un mot pour espérer
Et dans mon cœur sentir, tu peux recommencer ?
Est-ce que j’aurai dû
Gommer le souvenir de ceux que j’ai déçus
Prenant une autre route, en oubliant mon nom,
Me dire que rien ne vaut, surtout pas les pardons ?
Est-ce que j’ai perdu
Les illusions d’enfance, des fables que j’ai crues
Celles qui faisaient briller, les yeux noirs de ma mère,
Mes rêves de fillette et tous ces goûts amers ?
Et j’attends des réponses,
Je n’ai que des regrets, écorchés, pierre ponce
Sur ma peau atrophiée de ne pouvoir aimer.
A la place du cœur, la trace d’un pavé.
J’ai supplié le ciel
J’ai prié tous les dieux, tombés dans mon oreille
J’ai côtoyé Orphée, défoncé mes entrailles
Je n’ai pas pu trouver les rebords de mes failles.
J’ai fait ce que j’ai pu
Retrouver le silence de tout ce qui n’est plus
Oublier son absence et la vie de mon père
Chercher la voie des nues pour rejoindre la terre.
LES CHARIOTS BARBARES
Avec la lumière feutrée du soir
Elle se dit qu’il y a pire
Elle ose se regarder dans le miroir
Dans ses délires.
La pudeur passée à l’abattoir
Quelquefois il est trop tard
Son corps blessé n’est plus qu’un dépotoir
pour charognard.
Le savon ne nettoie plus la peau
Il faut décaper les traces
S’arracher des souillures du bourreau
Que rien n’efface.
La décence passée à l’abattoir
Quelquefois il est trop tard
Son corps blessé n’est plus qu’un dépotoir
pour un connard.
Dans ses rêves au fond du désespoir
Elle réussit à s’enfuir
Elle ose encore y croire face au miroir
Dans ses délires.
La dignité d’un oiseau brisé
Meurt sous les chariots barbares
On se souviendra d’une âme libérée
Un peu plus tard.
AU MILIEU DU MOIS
Tu montes dans le wagon, le premier
Tu comprends pas la route, sous tes pieds
Tu mets ta belle tunique, numéro deux
Du sang, de l’or pour briller, comm’tu peux
T’apprends à nager le crawl jusqu’au trois
Tu bois tout le réservoir, t’as la foi
T’ingurgites en pommade, pour le quatre
Le cachet bleu prescrit par le psychiatre.
Et tu restes au chevet, de ce qui tombe
De tes rêves d’enfant et de tes ombres
Et tu pars regarder l’étoile filante
Qui te dira encore, tu es vivante.
Tu tiens debout, reboustée, par le cinq
Plus de goût, plus d’odorat, cure de zinc
Marcher, trotter, trébucher, croix de six
Petit poney te sourit, en complice
Ta routine en profite, près du sept
Tu t’évades en acquiesciant de la tête
Le tourbillon t’enferme dans un huit
Pense à, toujours, maîtriser ta conduite.
Et tu restes au chevet, de ce qui tombe
De tes rêves d’enfant et de tes ombres
Et tu pars regarder l’étoile filante
Qui te dira encore, tu es vivante.
Tu élabores un métier sous le neuf
Ton CV se morfond et meurt dans l’oeuf
Tu fais des gamins criards, et de dix !
Tu t’emprisonnes dans ce précipice
Tu t’accordes une toile tous les onze
Tu confonds les illusions et le bronze
Tu programmes du botox pour le douze
Mais tu multiplies médoc et piquouses.
Et tu restes au chevet, de ce qui tombe
De tes rêves d’enfant et de tes ombres
Et tu pars regarder l’étoile filante
Qui te dira encore, tu es vivante.
Mais au milieu du mois, tout recommence
On se moque de toi, tu t’en balances
T’as noirci en une fois, le calendrier
Et tu n’as plus chercher à avoir pied.
LE RESTE DE MA VIE
Je suis coupable
Du vent qui souffle sur le sable,
De l’ouragan
Qui dévaste les années et nos souvenirs d’antan.
Je suis coupable
De ce qui fait l’indésirable,
Des courants d’air
Claquant les portes, la nuit, séparant nos draps, nos chairs.
Je suis coupable
De rendre notre histoire jetable
De regarder
Plus que l’avenir à deux, l’espoir un jour de m’aimer.
Parce que demain sera
Le reste de ma vie
Je n’ai plus envie de combat
De préavis.
Parce que je vois la fin
De cet instant vital
Un avenir sans lendemain
Bien trop banal.
Je suis coupable
D’être une femme vulnérable,
Le cœur perdu,
Piétiné de ses printemps et de ses espoirs déchus.
Parce que demain sera
Le reste de ma vie
Je n’ai plus envie de combat
De préavis.
Je meurs de ce poison
De cet azur en feu
Le prix brûlant de la rançon
De tous mes vœux.
LES YEUX BLEUS
(musique Christophe Marie)
Sur ce simple chemin où mon cœur a brillé
J’ai vu tes yeux longtemps sans les comprendre
Avec notre silence, nos blessures cachées
Nous n’attendions pas tant de nos regards si tendres.
Un lundi de novembre et les années suivantes
Nous avons trébuché les cailloux sous nos pieds
Il fallait assumer dans le sens de la pente
Avec tes mains tendues je me suis relevée.
Chaque jour je le sais tu es mon lendemain
Il y a notre force et l’espoir en retour
Chaque jour je le sais tu me prendras la main
Mes yeux resteront bleus grâce à toi mon amour.
Lorsque je marchais seule rien n’était facile
J’ai oublié parfois ce que tu faisais là
J’ai fuis mes sentiments à les rendre fragiles
Je me suis dit souvent je ne reviendrai pas.
Le vent s’apaisera j’attendrai le redoux
Les printemps reviendront balayer toutes peines
Ta voix racontera ce qu’il reste de nous
Des souvenirs heureux ta mémoire ou la mienne.
Chaque jour je le sais tu es mon lendemain
Il y a notre force et l’espoir en retour
Chaque jour je le sais tu me prendras la main
Mes yeux resteront bleus avec toi mon amour.
SOUS L’EAU
Je pourrai boire de l’eau et ne pas me noyer
Marcher sur un chemin aux cailloux meurtriers
Me jeter dans le vide et retenir sa main
L’appeler handicap et fuir les lendemains.
Et toutes nos victoires ne seront jamais grandes
De fragiles éphémères que l’on met à l’amende
La vie décide pour nous tel un flash d’overdose
Parler de différence en nommant autre chose.
Un accident, une maladie,
Nos repères, nos espoirs
Fondent en oubli
Comme un devoir.
Parce qu’il le faut pour lui, je trouve au fond de moi
De la force, la lueur des forêts que j’abats
Un chemin dégagé, je l’accompagne au mieux
Je sais qu’il rêve encore lorsqu’il ferme les yeux.
Se dire que l’on n’a pas le choix
Le passé n’existe pas
Prendre sur soi
On n’oublie pas.
Il faut être un secours qui permet d’avancer
Faire semblant de sourire et de ne pas glisser
Soutenir une vie qui ressemble à l’enfant
Qu’on a presque perdu et depuis très longtemps.
A-t-on le droit de se pleurer
Si la vie continue
Le cœur brisé
Maman perdue.
Apprivoiser la solitude
Que vivent les aidants
La lassitude
D’un long roman.
ENTRE LE 15 ET LE 23 NOVEMBRE
Entre le 15 et le 23 novembre
Le ciel s’est assombri
Tous les pavés de l’oubli de septembre
Ont coloré nos nuits.
Entre la pluie et la neige incertaine
Les mots ont saturé
Nos pensées, nos sourires, par centaines
D’émotions enterrées.
De seconde en seconde les rues en feu
Ont ouvert les placards
Déversé les douleurs à trois, à deux,
Du diable et son bazar.
Il fallait réussir les jours violets
Les adieux trop faciles
La langue au cœur et les phrases en forêt
Tout en restant fragile.
Nous étions le désert des samouraïs
Noyés d’alexandrins
Du matin au soir en télétravail
Sans penser lendemain.
Un semblant d’espace pour les couplets
Rengaine pour les refrains
On entendait la musique en reflet
Qui nous prenait la main.
Entre le 15 et le 23 novembre
Nous étions d’un ailleurs
Un lieu perdu réservé à ses membres
Au parfum de chanteur.
Entre le 15 et le 23 novembre
Nous étions d’un ailleurs
D’un vivant, d’un diapason, il me semble,
Comme des âmes sœurs.
ON S’HABITUE
On s’habitue à tout
On rallume sans fin
Le soleil, chaque jour d’un geste de la main
Doucement on prend goût
A se sentir aimé
L’été.
En silence, en dessous,
La routine a fardé
Chacune des passions qui nous a fait pleurer
On s’est dit jusqu’au bout
Le bonheur qui s’installe,
Normal.
On est devenu fous
Putain le quotidien
A brisé la tendresse qui dormait dans mon sein
On s’habitue à tout,
M’as-tu dit en vidant,
Mon sang.
Qu’est-ce que tu as foutu ?
Tu m’as laissé ce cri
Qui tue en boucle, au fond de l’insomnie
Mon désir est mort pendu
Laissant place à l’orgueil,
Au deuil.
QUELQUES FLEURS
Au revoir ma petite mère
Je ne pourrai fleurir ta tombe
Tu n’es plus là depuis hier
Tu as prévu un voyage moins sombre.
Tu m’as dit, ma petite mère
Ici je ne suis pas chez moi
Il n’y a pas assez de terre
Et les hivers sont beaucoup trop froids.
Je voudrais entendre les bruits
Les voix du pays bohémien
Le souvenir des longues nuits
Quand je vivais au milieu des miens.
C’est ton voyage petite mère
Même si j’ai mal dans mon cœur
Je ferai ce que tu espères
Je sais bien qu’il sera ton bonheur.
J’ai accompagné de mes pleurs
Par dessus bord, tes cendres hier
J’y ai rajouté quelques fleurs
Elles donneront corps à ta poussière.
CADEAU
(Musique Christian Pierron et Marc De martelaer)
Il y a des saisons dans la vie d’une femme
De ces initiations que tu n’oublieras pas
Cet instant passager si l’émotion l’entame
Sera le souvenir qui guidera tes pas.
De ton premier regard à ton premier voyage
J’ai vu tous tes printemps, tes doutes et puis tes peurs
Tes exploits d’acrobate ont fait trembler mon âge
Affoler mes angoisses et blanchir le bonheur.
Tu battais la chamade à l’été de passage
Des rires, des ivresses au parfum de folie
En regardant ailleurs, qu’importe le sillage
Il fallait des lueurs, des couleurs dans ta nuit.
J’ai entendu tes cris, tes questions sans réponse
Tu partais au combat brandissant l’étendard :
Ta vérité au cœur des mots que tu prononces.
L’automne colorie la voix de ton nectar.
Et quand j’ai vu tes pas dessinés dans la neige
J’ai enfin pu sourire, il y a le chemin
Celui qui t’appartient, celui qui te protège.
Je vois ton horizon, mes yeux fermés, sereins.
Nous écrirons ensemble encore quelques lignes
Mamoune te dira je t’aime, chaque fois
Et même si le jour en heure se décline
Le plus beau des cadeaux, à jamais sera toi.
UN FOND D’HUMANITÉ
Au bas de votre rue
Un homme au désespoir
Sa dignité perdue
Ne connaît que le noir.
Une femme a compté
Au fond de son cabas
Un yaourt périmé
Qui fera bien un plat.
Il a perdu son chien
C’était son seul ami
Et quand on n’a plus rien
A quoi bon, on s’oublie.
Tu t’accroches à ton lit
Et à tes souvenirs
On t’appelle Papy
Pour ne pas dire pire.
Vous avez le pouvoir, l’argent numérisé
Un sourire aux dents blanches, un bouton nucléaire
Peut-être pourriez-vous acheter un cœur clair
Une oreille à l’écoute, un fond d’humanité.
Désarmez les secondes, hé messieurs les puissants
En toute humilité, pensez à nos enfants.
Le maïs n’aura plus
Le goût qui sème au vent
Mais un contrat conclus
Avec un gros géant.
Au bout du monde arctique
La glace est océan
Noyant dans le trafic
La mort de l’ours blanc.
A trop brûler la terre
Exploiter ses forêts
Elle deviendra désert
Et cercueil vanité.
Vous avez le pouvoir, l’argent numérisé
Un sourire aux dents blanches, un bouton nucléaire
Peut-être pourriez-vous acheter un cœur clair
Une oreille à l’écoute, un fond d’humanité.
Désarmez les secondes, hé messieurs les puissants
En toute humilité, pensez à nos enfants.
MA CHÈRE ÉPILEPSIE
Je peins tes bas
Tôt le matin
Seule dans mes draps
Lorsque j’ai faim.
Yeux révulsés
En mode junky
Souvent paumés
C’est pas joli.
Grizzly sur jambe
Quand mes mains tremblent
La viole de gambe
Me désassemble.
Le Mal Caduc
C’est mon délire
Se rééduque
Parfois c’est pire.
Le Mal Caduc
Fait mon délire
Un bel eunuque
Qui pointe et tire.
Les ciels salés
Aux jolies fesses
Picorent le nez
De ma détresse.
Les cardigans
Du carnaval
Brinquebalants
Se font la malle.
Cacatoès
Se laisse aller
J’en fais des tresses
Bien trépassées.
Le Mal Caduc
C’est mon délire
Se rééduque
Parfois c’est pire.
Le Mal Caduc
Réduit en miette
Un bel eunuque
Sans cacahuète.
Je peins tes hauts
Plus tard le soir
Qui font défaut
Après l’espoir.
Médicaments
Au fond du verre
Tout fout le camp
Quand on les perd.
Je peins ma vie
Comme elle s’en va
Et puis tant pis
Je peins tes bas.
Le Mal Caduc
C’est mon délire
Se rééduque
Parfois c’est pire.
Le Mal Caduc
C’est mon délit
C’est le trou-duc
Qui m’abrutit.
LES TISSUS DE MARGHÉ
( Musique de Gilles Arnaud et Cathy K.)
(Album de Cathy K. « Fraternité« )
Les tissus de Marghé
Transparents
Fileront les démons
Les portes du dépit
Les nœuds de ta prison
Et l’amour qui t’as pris.
Les tissus de Marghé
Plus tremblants
Jusqu’à la fin du jour
Tresseront le destin
Qui dénoue les amours
Quenouille les humains.
Les tissus de Marghé
Sont vivants
Ils changeront ta foi
Chaque fois
Que ta main les surprend.
Les tissus de Marghé
Sont un don
Qu’il te faudra attendre
Qu’il te faudra perdure
Comme le blé comprendre
La graine et sa fêlure.
Les tissus de Marghé
Moribonds
Les faux-fuyants, les doutes
Nourrissent ton étang
La vase que tu goûtes
A la soif du charlatan.
Les tissus de Marghé
Sont vivants
Les tissus de Marghé
Mentiront
Les tissus de Marghé
Te perdront.
DELPHINE, LA NUIT
On pense
Aux p’tites manies
Qui berçaient nos silences
De ses oublis.
On pense
Aux mots perdus
De cet amour immense
Inattendu.
Les années passent, on a grandi
Et puis…
On n’y pensait pas
Quand Delphine était là.
On pense
A son écho
Cette voix qui commence
Au fond de l’eau.
On pense
A la détente
Appuyée de souffrance
Derrière l’urgence.
Les années passent, on est parti
Et puis…
On n’y pensait pas
Quand Delphine était là.
On pense
On va guérir
Il n’y a pas d’absence
A trop s’enfuir.
Il faut
Parfois mentir
S’inventer un ghetto
Pour en sortir.
Les années passent, on a vieilli
Et puis…
On n’a pas dit merci
Et Maman n’est plus là.
DIMANCHE
C’est trop facile en plein soleil
D’oublier les année vides
Poser un masque au goût de miel
Du collagène pour les rides.
C’est trop facile tu fais semblant
Tu souris à la bohème
En inventant tous ces amants
Qui auraient pu te dire je t’aime.
Mais elle est toujours là, dimanche après-midi
La femme d’envie dit sur le cahier
L’ombre sur son visage qui creuse encore le pli
Les contours blanchis d’un cœur fatigué.
Mais je suis toujours là, dimanche après-midi
Dans la robe de vain, les tripes étalées
A rechercher cette ombre qui m’apporte l’oubli
Le solde du temps d’une vie passée.
C’est pas facile en plein soleil
De sourire à mes enfants
D’écouter leurs vies qui s’éveillent
En acceptant le cadran.
C’est pas facile de vieillir
En tremblant les lendemains
Le lys blanc t’invite à languir
Le générique de fin.
Mais je suis toujours là, dimanche après dimanche
La femme d’envie passera son tour
Le silence rongera toutes les amours blanches
Et l’autre et l’oubli et la folie qui court.
ENCORE
Il y a ton nom
Sur la boite aux lettres
A côté du mien.
Ton foutu blouson
Traîne sur la fenêtre
Comme un arlésien.
Il y a dans le lit
L’empreinte de ton corps endormi
Sur la table ton assiette
Ton verre de vin et quelques miettes.
Sentir un peu de toi…. Encore
Murmurer ton prénom…. Encore
Est-ce que j’ai voulu voir
Le dernier mot, le dernier soir ?
Est-ce que je t’ai dis je t’aime ?
Ces paroles que le vent parsème.
Il y a nos mots
Nos rires du passé
Nos gestes de tendresse.
Tes mains en écho
Tes manies amusées
De mes maladresses.
Il y a des matins
Qui s’habillent en noir-gris-chagrin.
J’ai oublié nous deux
Il n’y a plus de jours heureux.
Sentir un peu de toi…. Encore
Murmurer ton prénom…. Encore
Est-ce que j’ai voulu voir
Le dernier mot, le dernier soir ?
Est-ce que je t’ai dis je t’aime ?
Ces paroles que le vent parsème.
LA POUSSIÈRE
Il y a la poussière
Des objets oubliés
Des sentiments en bière
Et des portes fermées.
Dans le coin des spirales
La raison en débris
Les souvenirs du mal
Touchent le vide aussi.
Croiser les mots perdus
Les regrets de la mer
On sent l’ange déchu
Sous la croûte parterre.
L’entrouvert du néant
Écorche le velours
Un masque transparent
Qu’on n’accroche qu’aux sourds.
On peut y voir le noir
Des non-dits trop bruyants
Des greniers de mémoire
Quand nous étions enfants.
Il y a la poussière
Cet espace du rien
Et l’absence d’hier
Où s’effrite demain.
Il y a la poussière
Des objets oubliés
Des sentiments en bière
Et des portes fermées.
UN SOURIRE
(Musique Christophe Marie)
Quand j’aurai refait
Mes pieds nus
Le tour de la terre
Quand j’aurai misé
Tout mon du
Pensant me refaire
Je sais que
Et quand j’aurai cru
Aux paroles
Des bonimenteurs
Et quand j’aurai bu
De l’alcool
Comme un vieil acteur
Je sais que
Il y aura un sourire
La douceur
De vos rires
La chaleur
L’amour, la famille
Rien de mieux ailleurs.
Quand j’aurai gravi
L’Everest
Sans aucun plaisir
Quand j’aurai tout dit
Et le reste
Du meilleur au pire
Je sais que
Et quand les années
Seront là
Pour tenir ma main
Je retournerai
Dans vos bras
Comme un doux refrain
Il y aura un sourire
La douceur
De vos rires
La chaleur
L’amour, la famille
Dans mes yeux vos cœurs.
LE VAURIEN
C’est comme une habitude
Le café du matin
Nourrit ta lassitude
De ce monde incertain.
C’est comme là où tu vis
Des volets qui se ferment
Les voisins de l’ennui
Que la misère enferme.
Tu ne crois plus en rien
Tu vis de ton chômage
On t’appelle vaurien
Même si t’as passé l’âge.
Déjà tu votes plus
La télé est éteinte
Les manifs et l’actu
Tu vomis la complainte.
Tu ne te lèves plus
T’économise l’eau
Personne n’a rien vu
La vie c’est ton barreau.
Tu ne crois plus en rien
Tu vis de ton chômage
On t’appelle vaurien
Même si t’as passé l’âge.
Au bord de la fenêtre
S’est posé un oiseau
L’espoir qui vient de naître
Prend le comme un cadeau.
Tu deviens musicien
Pose tous tes bagages
Tu deviens bohémien
Assis sur tes mirages.
Tu as défait tes liens
Tu vis de ton voyage
Ils t’appellent vaurien
Tu as tourné la page.
LE VAGABOND DE L’UBAC
Il n’a pas de maison
Pas d’affection
Pas de passion
Il n’a pas d’ambition.
Il n’est pas reconnu
Il n’a rien vu
Rien entendu
Il n’est pas bienvenu.
Il ne croit pas aux dieux
Ni aux banlieues
Et ça vaut mieux
Il te dirait adieu.
Il apprend en marchant
Le bruit du vent
Et des torrents
Les fantaisies du temps.
Il sait l’aube à la terre
La peau légère
Le mot naguère
Le lit dans les rivières.
Il écrit dans la neige
Les sortilèges
Et les arpèges
Où tournoient les manèges.
Il connaît l’adoption
Des papillons
Le vagabond
Orphelin de nom.
Il connaît l’adoption
Des papillons
Le compagnon
De toutes mes chansons.