Les mots des écrivants

Avec l’accord des écrivants vous trouverez ici quelques textes écrits en atelier

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2018

Mai 2018

atelier chantal

atelier georges

atelier nicole

 

2017

AOUT 2017

Size et Nora

Sur sa gauche, la jambe de son homme frôle la sienne. Tous les matins il s’assure qu’elle est bien là. C’est comme ça et quand il ne trouve pas sa jambe à l’endroit précis où il l’attend, c’est à dire, à quelques centimètres de la sienne – quelques centimètres seulement tant ce lit étroit leur laisse peu de champ – il envoie brusquement – comme mu par un impérieux besoin de se rassurer – son pied, dans la direction présumée de son corps. Il lui arrive même de dire son prénom : « Nora ». Et parfois il dit aussi « Nora, viens-là ». Cela pour la jeune femme, a valeur de signal. Il pourrait n’être plus question pour elle de se dérober, cependant chaque matin elle s’avise de la même chose, qu’elle n’est pas obligée, en fait. « Je ne suis pas obligée », elle se répète.

Concernée peut-être. Mais pas obligée.

Nora balbutie – certes non pas que l’effraie cette relation charnelle, ce qui est la vérité vraie, car cela serait insupportable à cet homme de désir – mais quelque chose comme : plus tard, oui plus tard. Après quoi, Nora, se concentre sur le mauvais mal qui la tient éveillée dans le noir : sa migraine. Ces coups furieux portés à son front depuis l’intérieur de son crâne, assenés par un monstrueux dispositif intérieur marquent les secondes. Toutes les secondes depuis l’aube. Entre deux assauts, elle se réconforte au battement familier de son cœur qu’à lui seul elle concède le droit de battre le rappel du temps qui passe. Elle appelle de ses vœux une synchronisation entre son cœur et sa tête, à laquelle refuse de se soumettre son cerveau au bord de l’asphyxie. Ses apnées de la nuit transforment en une toile de trempoline assaillie par des enfants toniques tout ce que son crâne compte de surface plane. Et à proximité des tempes, les enfants sautent plus haut, plus fort, plus souvent. Leurs cris de joie la font trembler d’effroi. Elle referme les yeux. L’envie de dormir n’a rien à voir là-dedans ; Nora referme ses yeux en conscience, selon un protocole éprouvé destiné à la soulager. Elle s’applique à faire se rejoindre l’un après l’autre les cils semés le long de ses paupières comme on referme une trousse à maquillage. Car là, bouclée derrière la fermeture éclair, elle sait accéder à l’impérieux désir de son cerveau : se gorger d’oxygène. D’abord faiblement, puis avec vigueur, confiance et même entrain, aspirer l’air, le sentir remonter en douceur le corridor de ses narines et se déverser dans ses deux alvéoles, à peine ralenti par le nœud de son plexus.

Marquant la fin d’un processus et le début d’un autre ; les larmes s’écoulent sur ses joues.

La fermeture éclair de la trousse à maquillage s’entrouvre et laisse échapper quelques sanglots. Dans son réduit elle sent la douleur diminuer peu à peu. Quelque chose change en elle : moins de densité, moins d’aigus dans la souffrance. C’est le moment d’ouvrir les yeux. Il est sept heures quand Nora se lève. Elle se dirige vers la salle de bains et tant pis, pour l’homme qui attend. Dans le miroir grossissant elle surprend des rides en formation. Se pourrait-il qu’une ride nouvelle s’accroche à son visage tous les matins ? Un genre de vieillissement accéléré par ses nuits sans sommeil ? Au milieu du front, ondule une cicatrice, bien visible. Elle se souvient : « j’avais 20 ans, je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie. » Une évidence qui la bouleverse encore. Et puis : « Derrière les noces et puis le ciel, un premier parjure, un crime… ». Les photos accrochées au mur du couloir sont en noir et blanc. Depuis la fenêtre elle voit sa voisine à la corde à linge. Dans la cuisine, Nora avale son café, s’assied à sa table de travail devant son ordinateur. Elle entreprend la description de son personnage. Il ressemblera trait pour trait à l’homme du rêve de sa nuit.

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Size emploie ses petites ressources au financement des fringues de marque dont il habille son corps de joker. Des jambes interminables suspendues à un bassin plus large que sa taille. Pas les proportions rêvées pour un mec. Heureusement qu’il a les épaules plutôt larges et un visage de gosse beau selon ses critères : asymétrique, anguleux, aléatoire. En le regardant on ne pouvait s’empêcher de se demander s’il avait terminé sa mue ou si les attributs de la virilité manifestés dans la moitié supérieure de son corps pouvaient encore migrer vers le bas. Et puis il suffisait que l’on regarde ses yeux pour comprendre que non il était bel et bien terminé. Ses yeux étaient sombres comme ceux d’un loup et frangés de long comme ceux d’une biche. Bien trop grands pour la taille de son visage, ils partaient des tempes et semblaient grimper en rappel en direction de la racine de son nez. L’inclinaison de ses yeux lui donnait le plus souvent l’air de quelqu’un qui vient de perdre sa petite amie. Mais ce qu’il avait horreur de perdre en particulier c’est son temps et en particulier avec les conventions sociales. Il glisse le carré de papier sous l’essuie-glace de la berline et se dirige vers la bibliothèque. Deux minutes plus tard il est plongé dans la lecture de son roman.

Lui : Après le parjure, le crime ! N’importe quoi ! Où vas-tu chercher cela ?

Elle : Il n’y a plus de parjure, il est mort le parjure.

Lui : Bon le crime alors. Le crime c’est quoi ?

Elle : Il n’y a pas de crime puisqu’il n’y a pas de corps.

Lui : Mais alors, que reste-t-il ?

Elle : Des noces seulement des noces. Belles et tristes. Consommées chaque matin. Mais pas aujourd’hui ? Et tu sais pourquoi n’est-ce-pas ? Tout ça, c’est à cause de toi.

Lui : Quoi ?

Elle : La violence de vivre, le père …

Lui : Le père ?

Elle : Le père infernal

Lui : Vénéneux ?

Elle : Oui, vénéneux, tu vois tu sais. Tu ne m’as rien dit. Pourquoi ?

Lui : Au début tu étais trop jeune. Et puis, tu as eu 20 ans et j’ai voulu le faire, t’en parler. Et puis, il est tombé. J’ai juré. Voilà. Il a quitté la ville pas moi. La suite, je ne la connais pas

P. de migraine. Size referme le bouquin. Depuis ce matin ouah c’est là, ça ne part pas. Si au moins il avait de l’aspirine ou ce genre de chose. Il lui suffirait de demander à droite à gauche genre « eh tu n’aurais pas un truc contre le mal de tête », dire merci et filer aux toilettes pour boire au robinet. « Et euh merci au fait. – De rien, ça va mieux ? – Mieux, ouais, un peu. » Taxer des médocs, ce n’est pas trop son genre, ni taxer tout court d’ailleurs. Oh et puis zut, y’a pas urgence à le finir ce bouquin. De toute façon il ne lui plait pas trop. Cette nana avec son mystère de gonzesse, il sent bien que ça ne va pas le faire. Bon sa thèse sur l’image du père dans la littérature du XXème siècle en même temps, faire sans Paule Nanzi c’est compliqué. Putain de thème et putain de migraine. Hum et si c’était son thème qui la lui filait sa migraine ? Rebattu lui avait dit son professeur. Lui s’était obstiné, défendant une approche par la psychanalyse uniquement. Perec, Roubaud, Rouaud, Queffélec et Nothomb OK. Mais Nanzi… lui donnait envie de se planquer dans le capuchon d’un stylo. Noir de préférence.

Il écorne soigneusement la page 20, planque le bouquin au rayon développement personnel, quitte les lieux et se met en mode évasion.

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Trois scénarios d’accident nucléaires plus tard il est devant chez lui encore bouleversé par la condition faite aux hommes. Il note au passage les étoffes de couleur qui claquent au vent dans le jardin de la voisine et se demande si c’est un message adressé aux hommes post- nucléaire. Lui poser la question. Toujours poser les questions qui tournent dans nos têtes ; sauf à passer son cerveau au presse-purée c’est la seule façon de dégazer. Le truc c’est que parfois les questions empruntent des chemins compliqués pour accéder à la conscience. Va poser une question codée toi ! Du genre, est-ce que tous les draps sont rouges ? Non mais sans rire, la nuit passée ça l’aurait presque empêché de dormir. Questions auxquels il lui a fallu répondre : de quoi les draps sont-ils la métaphore et idem pour la couleur rouge. Rouge est-il à prendre au sens de la couleur ou de l’odeur, voire de la forme. Non je ne plaisante pas. Je ne plaisante jamais avec la forme des couleurs. Et puis, à qui cette question est-elle adressée ? Ai-je vraiment envie de connaitre la réponse ?

Size ouvre la porte de la cuisine et jette un œil à la femme fossilisée devant son ordinateur. Un soupir s’échappe du fossile. Une main se décolle du clavier et rencontre la tempe droite à environ 30 cm de la table. Le fossile abandonne sa tempe à son majeur et celui-ci la soumet à de petits mouvements circulaires. Encore un soupir. La tête dodeline légèrement. Size tend l’oreille. En fait, la pièce est pleine de soupirs. Ça soupire dans tous les coins et vérification faite, y compris dans la poubelle. Ceux-là sont près de la fin, se dit-il en rigolant. Il jette un œil vers l’espace réservé au tri sélectif et se demande si le soupir est recyclable. Ben oui, recycler un soupir, ça n’a rien d’idiot. D’abord il y a les soupirs de contentement, à recycler en cornet de glace, et puis il y a les soupirs de délivrance, à recycler en sonnerie de fin de cours pour les collégiens. Les soupirs de gratitude, hum, plus compliqué. La gratitude étant un sentiment complexe ayant rarement l’occasion de se manifester de nos jours… A recycler en espèce en voie de disparition. Disons le cacatoès. Les soupirs de regret feront parfaitement l’affaire en caddie de supermarché : ce sont des genres florissants. Mais le long et profond soupir de Nora ne se recycle pas. D’abord parce qu’il n’en existe pas de semblable et ensuite parce qu’il est le produit d’innombrables transformations. Il est au début et à la fin du cycle, il tourne sur lui-même, il est sa prison. Il est ce qu’il est et ne sera jamais rien d’autre que cela. L’expression d’une lassitude si grande qu’un monstre géant n’en viendrait pas à bout. Si seulement je savais ce qu’elle a. C’est vrai quoi c’est quoi son problème ? Size se fraie un chemin à travers les grappes de soupirs rassemblés par affinité. Autour de Nora la densité est telle qu’il lui faut batailler pour franchir les cercles bruyants.

« Nora. C’est moi Size.

  • Size ! Comment es-tu sorti ?
  • Une fenêtre s’est ouverte…
  • Dans l’arrière-plan certainement
  • Oui c’est ça, dans l’arrière-plan.
  • Assied-toi j‘ai à te parler.
  • Je préfère quand tu m’écris.
  • Ecrire ça m’use.
  • Moi c’est autre chose qui m’use.
  • Quoi ?
  • Mal au crâne.
  • J’y vais trop fort ?
  • Oui sans doute un peu fort. Tu pourrais ralentir, taper moins vite.
  • Désolée… je peux t’aider ?
  • Oui, ferme le capot et parle-moi un peu.
  • D’accord, de quoi veux-tu que je te parle.
  • … De toi. Il s’est passé quoi pour tes 20 ans ? »

Catherine

 

Pour vivre plusieurs passions à la fois, on trouve les plus importants moments de plaisir dans les souvenirs lointains… Ouvrez la bouche en grand avant de lire la suite.

La maison dans la dune abrite mes plus doux secrets. La quiétude de ces instants souffle sur mes rêves les plus fous. Les parfums et les effluves du passé me procurent aujourd’hui encore des sensations inexpliquées.

Au loin, je l’aperçois, ce n’est pas une brindille, ni une tache sur ma rétine. Il approche lentement. Puis je l’entends, il a prononcé mon prénom, ses lèvres s’agitent, ses traits se précisent. Approche. Je t’ai quitté jeune fille, je te retrouve âgée. Le corps a vieilli, les traits du visage restent inchangés. J’entre dans ton regard, bercée par une douce lumière. Pose ton bagage. J’aime le contact de ton corps, les pauses de ta voix, la douceur de tes gestes. Reste un instant, laisse glisser ta main sur le creux de mes reins. Goute ces heures. Je n’ai d’espace que la mémoire. J’ouvre un œil sur un monde oublié. Un zéphyr coule dans mes cheveux. Vagues de souvenirs, brèves rencontres, ombres brunes, amours brisées… Ce n’est pas la vie que je voulais. Je sais que je ne suis pas là…

Parlons plutôt de ce moment rare ou mon arrière grand-mère me fait sauter sur ses genoux et mime le cheval, d’abord au pas, puis au trot, puis au galop… Je perds la notion du temps, mon corps s’abandonne, je me sens voler et je ris aux éclats en lui demandant de recommencer. Moments où le passé et l’avenir se mêlent. Impressions d’osmose, de dialogue intense avec elle. Je suis cette femme kaléidoscope, enfant, adolescente, adulte et âgée. Mes souvenirs vont bien, il n’ont pas vieilli d’un sanglot. Plus rien n’existe sinon le silence. Chacun de ces instants d’éternité s’émiettent. La vie s’évade, pieds nus dans une flaque.

Je ne suis rien. Rien qu’une silhouette claire, ce soir là, à la terrasse d’un café. Ecrire, une façon de caser l’attente Bienvenue dans mon paradis!

Marie-Christine

 

Fenêtre ouverte

Je m’appelais jacques Lormeau ,64avenue des thermes à Aix les bains, j’avais 34ans, j’étais quincaillier. Je suis mort à 7heures du matin. il est 8heures 28 minutes sur l’écran du radio réveil et personne ne s’en ai rendu compte

Elle a du se lever comme d’habitude. Dans la chambre à coté, c’est aussi le silence.

La fenêtre est ouverte ; un vent léger coule sur mon corps, froisse le drap qui recouvre mes jambes …

Elle avait encore voulu laisser la fenêtre ouverte, elle avait toujours trop chaud, moi toujours trop froid, c’était incompatible, le chaud ,le froid ,les disputes encore ,toujours.

La porte avait claquée

Dans la chambre à coté j’avais entendu jusqu’à tard dans la nuit, gratter le mur

La semaine prochaine je devais changer la tapisserie. De longues zébrures dans le bleu pervenche révélaient la chaux du dessous. Ses ongles ,ses griffes …Il fallait tout refaire crépir

Blanc

C’est peut être Paule qui fera le travail ….Peut être laissera t’elle la chambre telle quelle, pour le souvenir , pour ses nuits sans sommeil , pour ne pas regretter .

Moi ,je m’en fiche, ça n’est plus mon problème ,Jj’ai le cœur sous la neige, je suis bien, je peut conquérir le ciel, non même pas ,je suis bien c’est tout .

Hier, pourtant après cette dispute, j’avais pensé au chêne du pendu ,là bas à la garenne … c’était sous ce chêne que je l’avais embrassé , elle , c’était dans son écorce que nous deux  cœurs s’étaient gravés …le chêne du pendu !

J’aurai du m’y pendre ! Mais non, je m’étais pendu à son cou …

La balançoire volait trop haut Sous le jupon ses jambes trop blanches.

Elle se réinventait sans cesse , je pouvais l’entendre rire , soupirer , pleurer , princesse, sorcière, elle était tellement tout ça , elle laissait la porte ouverte …Je n’avais pas encore froid ..

Plus tard les fenêtres et j’avais déjà froid

Maintenant c’est sans importance tout cela. Le chaud , le froid , je suis froid , un point c’est tout

Pourtant hier soir, cette tisane m’avait brulé la gorge ,m’avait fait dériver trop longtemps en enfer .

C’est fini.

N’écoutez pas les prophètes..  Plus d’enfer , l’enfer n’existe pas

La mort n’est qu’un processus rectiligne, la position allongé me va bien

Plus besoin de tourner la tête, de regarder en arrière

 

Vous verrez ,ce n’est pas du tout ce que à quoi vous vous attendiez …tout est mieux ,bien mieux ….

Jeanne

 

JUILLET 2017

 

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Capucine (8ans) (Festival Les Carnets)

 

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Marie-Christine (Festival Les Carnets)

 

Ecoutez cette histoire que l’on m’a raconté.

Elle se passe en Provence

« Accroché à l’âme de mon violoncelle, par un soir bleu d’été, j’allais par les entiers. Les sanglots longs des violons berçaient mon âme d’une langueur monotone, heureux comme avec une femme. Comme elle était jolie avec ses yeux de velours, elle était mon idole et moi j’avais vingt ans.

Une jour elle est partie et n’est resté pour toujours que l’odeur et la volute de la fumée de son départ.

Dans ma poche j’ai trouvé le mot qu’elle a laissé, je l’ai ouvert et y ait lu son ultime cadeau: une invitation pour un voyage dans l’espace, sans billet de retour. Je suis resté dans l’expectative, seul au pied du mur en point d’interrogation.

On n’y sera jamais ensemble

On n’est jamais au bout de soi, au bout de rien

Alors partir sans vouloir un ailleurs

L’exil ne s’écrit pas. Il se vit »

On ne sait rien de plus!

Christine (Festival Les Carnets)

 

 

Souvenir

À la terrasse d’un café ,mousse débordante de bière glacée.

Ai observé       Un vieux monsieur En noir usé , pain éparpillé  mange des pigeons parmi la foule indifférente.

Vu         Passer des chiens en poussette à l’abri d’une ombrelle et rencontré un clochard  homéopathe amateur d’ art, ressenti le froissement du vent dans les branches inclinées les feuilles couraient pressées, intrus inattendu sous mes pieds glissées

Soudain,l’air vibrait , l’orage grondait , les cellules  , moi profond, s émouvaient .

Frêle et fragile comme tu l’es parfois, je me demande d’où te viennent ces larges richesses.

Sans doute ne sais tu pas toi -même.

Partout on s’ emmene avec soi on n’est jamais au bout de soi

Le froissement dans les branches

Courait pressé .

Marie-Luce (Festival Les Carnets)

 

 

La petite musique intérieure

 L’absence ce n’est rien.

Un peu de temps pur lorsque le regard suit un nuage glissant dans le ciel. La pensée d’une personne croisée au milieu d’une foule, d’un train qui s’éloigne à grande vitesse, d’un rêve oublié au petit matin.

Inventer demain juste un instant, une étincelle !

La fleur personnel… la pensée, lorsque le regard reste accroché à un souvenir au fond du cœur, à une musique fredonnée.

Sous la pluie, seule, la flamme danse !

Sans une parole, le regard plonge dans l’éclat d’un regard croisé l’espace d’un instant, dans la lumière du soleil levant, dans l’aube fragile, dans l’arc-en-ciel illuminant le ciel entre ombre et lumière.

Notre amour frissonne et les vagues se fracassent sur les galets ! Le regard s’éclaire en entendant un éclat de rire sonore, lorsque je vais danser et courir sous la pluie, en chantant à tue-tête.

Toujours les arbres frissonnent et le soleil aussi !

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Ces mots sont des fragments de silence d’une poésie aux murmures éphémères et fragiles soufflés par le vent »

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 « Dans l’aube fragile

Toujours les arbres frissonnent

Fragments de silence »

Gisèle  (Festival Les Carnets)

 

 

JUIN 2017

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Léon (3 ans) Crèche à La Friche Belle de Mai

 

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Akil, Ismaël, Zoé, Jacopo et bien d’autres… (3 ans) Crèche à la Friche Belle de mai

 

MAI 2017

 

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Elsa 11 ans

TOUT UN ART

Nouveaux horizons

La communauté turque fête les histoires fabuleuses de nos petits

Une vieille harpe qui a tant servie

Elle est passée de mains en mains

Elle a été jouée par de bons ou mauvais musiciens

Maintenant c’est un objet d’art

Contemplé pour ses détails sculptés et non plus pour sa musique

Une autre destinée, un autre chemin

Si elle pouvait parler de vous ?

Elle vous trouverez impatient, inconstant mais reconnaissant

Beaucoup de bruit pour rien

La fête à la grenouille

Le vent se lève, bouquet de printemps

Y a plus de saisons !

L’air de la campagne

La vie dissolue

L’étoffe des souvenirs

La vie en blanc

Le monde en 4 mots

L’aventure d’une vie

Une exécution ordinaire…

Fabiola

 

Oser, c’est des légendes rebelles et littéraires

Perdus entre deux rives nues et détenues

Mon rythme pour seule limite

Vouloir

Le bruit des autres

Elsa 11 ans

fabiola 1

Fabiola

AVRIL 2017

« MANQUE QUELQUECHOSE »
ge d’amour, message d’un jour
on regard me transporte
sage du cœur et de valeur
orsque tes mots m’emportent
age de nuit dans notre lit
out ton corps se pelotte
ors, je rêve de notre vie
t je flotte, je flotte
is parfois je faiblis
e grelotte, je grelotte
mour me ramolli
ar j’ai peur qu’il ballotte

Fabiola

 

pascale

Pascale

Geneviève

Merise

MARS 2017

MAX

L’attente serait de huit minutes. Exactement le temps qu’il faut à l’esprit pour déconnecter de la réalité extérieure, se souvenait-il d’avoir lu. Il se logea confortement dans l’accueillant fauteuil, posa ses mains longues aux doigts fins et délicats, légèrement spatulés sur les accoudoirs et regarda la salle d’attente. Des images de sous-bois projettées en continu sur les parois de verre, les habillaient de mousses, d’écorces, de feuilles, de lichens plus variés les uns que les autres. Il flottait même des odeurs de résine, de bois, de décomposition qui lui tourna légèrement la tête et recréa l’environnement qu’il venait juste de quitter.

En tant que spécialiste des insectes, il avait présenté le résultat de sa dernière recherche au congrés international d’Entomologie à Orlando en Floride dont le thème cette année était « la compréhension de la résistance aux insectes, des arbres forestiers » afin de mieux gérer les épidémies et de choisir les meilleures méthodes d’intervention.

C’est là que tout avait basculé!

Au cours des différentes interventions, il avait appris que certaines communautés humaines entraient en « communication avec les arbres » et il participa pour la première fois à une expérience chamanique. Une initiation si impressionnante que chaque parcelle de son corps revisitait encore les sensations éprouvées.

D’abord trouver son arbre!

Face au nord, sud dans le dos: poser ses mains de chaque côté du tronc, se détendre sans pression, fermer les yeux, respirer lentement, être dans l’attente ».

– « Bonjour jeune chêne, je m’appelle Max et c’est moi qui ait mes mains sur ton écorce!

Des picotements et de légers tremblements puis les bras deviennent lourds, les pieds qui s’enfoncent…sensation de chaleur, puis le courant dans le corps, des tensions musculaires. Cohésion respiratoire avec l’arbre, sentir un fluide énergisant d’ une telle intensité que cela fait peur … ouvrir les yeux et le regarder: fort, puissant, vivant!

Comprendre alors la relation qui existe entre toutes les choses qui vivent , l’importance des centres énergétiques et vouloir les utiliser en conscience.

Encore deux minutes!

Le jeune homme nerveux, agrippé à ses accoudoirs, la respiration rapide, s’extirpa de son souvenir pour jetter un rapide coup d’oeil à l’horloge numérique bien visible au dessus de la porte et replongea aussitôt dans son passé.

Avait-il été drogué?

Avec une mère pilote de chasse et dans l’environnement militaire de son enfance, Max avait appris très jeune tous les savoirs nécessaires pour se débrouiller seul dans la nature. Il avait peu d’intuition malgré un prénom en hommage au photographe Max Wolf génial inventeur d’ une méthode pour observer le ciel qui avait découvert de multiples petites planètes à la fin du XIX ème sciècle.

Bourlingué d’école en école, il avait été un élève docile et discret avec quelques difficultés pour assimiler des concepts de base comme la notion de nombre, l’arithmétique et la philosophie. Il se prit de passion pour les insectes; l’observation devint sa seconde nature et décrocha à l’université un brillant doctorat d’entomologie. Il n’avait guère noué d’amitiés solides et ne vivait que pour ses missions ayant pris goût à la précarité d’une vie de chercheur dans des contrées extrêmes et passait d’un projet à l’autre, indifférent aux soubresauts politiques du monde et aux relations humaines hors de la communication nécessaires entre chercheurs.

Depuis Orlando et la découverte de l’ univers des choses spirituelles, il avait cherché des explications. Les travaux sur les champs électromagnétiques du professeur De Olivera de l’université de Sao Paulo: éminent neuro-psychiatre, le passionnèrent. Sa voix expliquant sa théorie résonne encore… » la glande pinéale de par sa composition unique à tout humain; l’apatite, capte les ondes du spectre éléctromagnétique provenant des émotions, des pensées, des esprits… et les convertit en neurochimie. Plus une personne dispose de cristaux d’apatite, plus elle a la capacité de capter ces ondes, plus elle sera perceptive et clairvoyante! »

Entendre que ce petit organe peut être activé pour réveiller ses capacités extra sensorielles, c’est reconnaître le « troisième oeil » de la sagesse orientale, l’ouverture du sixième chakra indien qui conduit à la connaissance intérieure. C’est réaliser que c’est possible hors du long cheminement nécessaire pour atteindre la sagesse requise dans ces religions orientales.

Sa décision était prise et il se mit en quête d’un centre où on affirmait pouvoir le faire.

Le moment était arrivé!.

L’appel de son nom, le sortit de sa torpeur et il emboîta le pas à la jeune femme toute de blanc vêtue qui le dirigea vers un couloir dont les parois s’opacifiaient au fur et à mesure de son avancée. On l’introduisit dans une petite pièce avec un lit qui en occupait le milieu.Une voix douce sortit d’un haut-parleur lui demanda de s’y allonger. Il devina alors dans la pénombre, un appareil bizarre sur un pied portant des bras repliés à sa tête et aperçut derrière une vitre teintée qui prenait toute la longueur de la pièce, une silhouette qui allait et venait devant un écran aux voyants clignotants. Pas de chirurgie annoncée mais des lasers pour situer et activer par tomographie cette petite glande au centre du cerveau.

L’intervention serait courte mais nécessitait l’immobilité. On l’endormit par hypnose avec la lumière clignotante du plafond. Il bascula très vite dans un long vertige. Puis des éclairs, des voix étranges, des reflets métalliques et lumineux, des images inconnues, d’étranges sensations très agréables, une conscience aigue de connection parfaite puis plus rien que le silence et le noir absolu.

Quand il ouvrit ses grands yeux sombres, d’autres paires d’yeux l’examinaient attentivement. Des questions suivirent.

  • « Vous n’avez pas le cerveau d’un humain! » Qui êtes-vous? D’où venez-vous?

Un flash s’imposa: il se revoyait à côté d’ un drôle d’engin fracassé, des militaires en scaphandrier, des blouses blanches qui s’affairaient autour d’un corps qu’il reconnut comme le sien, d’autres silhouettes calcinées posées à côté, et une lumière aveuglante qui lui vrillait la tête. Sa vie tenait du miracle car tous les autres voyageurs avaient péri.

Le monde qu’il connaissait vient de s’écrouler! Sa mère n’est donc pas la sienne. Sa vie est une procuration. Ses chers insectes: une mission improbable.

Son apparence est-elle une imagination et d’où lui vient cette conscience?

Comment peut-il répondre?

Pascale

..L’ATTENTE

Un homme se déplaçait sans bruit dans la salle d’attente du concessionnaire auto, dans cette salle, régnait un brouhaha intense, chacun parlant fort comme comme s’il voulait imposer son avis sur les plus belles voitures de chaque pays ; lui, il l’avait déjà choisie et commandée, il attendait simplement son tour pour signer le contrat d’achat : c’était la ZIL 115 de Moscou (Zavod Imeni Likhatchiova ) cette voiture extrêmement sûre avait été celle des Grands Hommes de Russie : Gorbatchev, Etsine il l’avait choisie sans savoir pourquoi…

Apaisé, son regard s’arrêta sur l’écran télé placé dans l’angle de la salle, des images de grandes plaines glacées défilaient et la vue de ces immenses étendues d’herbes rases raidies par le froid le saisit d’une émotion étrange : il ressentait comme un appel, pourquoi était il attiré par ce pays lointain ? une certitude en tous cas qu’il aurait une grande importance dans sa vie.

Fermant les yeux, il se retrouva 20ans en arrière dans une petite ville du Nord de la Russie aux ruelles étroites ourlées de neige, les habitants marchaient tête baissée sous leur capuches fourrées ce qui lui convenait lui qui ne voulait pas se faire remarquer.

Il avait appris le russe tout jeune attiré par cette langue et plus tard il avait brusquement quitté femme, enfants et métier pour venir s’installer en Russie.

Il trouva à se loger chez un éditeur, sa chambre mansardée lui avait permis d’être au calme et c’est spontanément qu’un matin devant sa fenêtre il se mit à écrire ; au début les idées arrivaient puis disparaissaient,il dut faire de gros efforts pour suivre le rythme de sa plume et puis ce fut l’emballement, la jubilation il se sentait partir ailleurs, vivre autre chose,c’était grisant, un roman naissait !…

Quelques semaines passèrent avant qu’il se décida à présenter son manuscrit à son logeur ; il lui expliqua qu’il l’avait trouvé chez lui sans signature ; l’homme d’abord étonné et circonspect le lu et accepta de l’éditer sous un pseudonyme.

Le livre eut très vite un succès national, les médias voulurent rencontrer l’auteur, le questionner. Effrayé par ce succès inattendu, il quitta brusquement la Russie sans prévenir son logeur

Quelque chose de nouveau s’était installé en lui, une pulsion si forte qu’affolé il préféra tout abandonner ; il retourna vers son pays et retrouva son ancien métier.

Quand on le questionnait,il répondait vaguement avoir visité un pays lointain puis il occulta complètement cet épisode de sa vie : n’était-il pas un simple commerçant, comme lui reprochait trop souvent sa famille !…

Et c’est dans cette salle d’attente, en attendant sa voiture devant un écran télé que le rideau s’était ouvert sur son passé.

Sa nouvelle voiture russe allait le reconduire dans ce pays où il pourrait enfin se faire connaître et recevoir la récompense méritée.

Il était prêt maintenant à accepter d’être un écrivain de talent.

Merise

 

On a des idée remplies d’ amour heureuse .

On est amoureux et alors ?

La vie est injuste de rejeter l’ amour .

Tu es fou amoureux mais de qui ?

On vit de l’amour ,pour l’ amour .

On vit pleinement de nos idées .

Parle moi dit moi quelque chose injure moi si tu veux mais parle !

J’ai peur sans toi je pleure sans toi .

Aime moi comme je t’aime.

Elsa 11 ans

 

JANVIER 2017

 

C’est dur de parler de soi quand on ne se connait pas

Dans la maison, il y a les fondations

C’est dur d’avoir confiance et d’oublier la méfiance

Dans la chambre, il y a la chaleur

C’est dur de ne pas désespérer et continuer à espérer

Dans le lit, il y a des souris

C’est de se sentir unique quand on n’a pas de répliques !

Dans les draps, il y a toi !

Fabiola

 2016

DECEMBRE 2016

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Pascale

 

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Sandrine

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Geneviève

 

« L’espace était nouveau: du blanc et du vide !..

. j’allais de pièce en pièce, aveuglée par le blanc, sans repère ni attache jusqu’au moment de la rencontre : des objets, des livres, des revues, du linge, empilés à même le sol

quelque chose de concret, de bruyant, de chaotique

comme des vies qui défilent, des événements passés qui ressurgissent

j’aperçois une pile de vieux articles serrés dans une chemise rouge : la mort de Gérard Philippe, Grace Kelly, Brel…

une vague d’émotion me submerge, flash de jeunesse

je heurte de grandes revues : « l’Illustration Universelle » histoire de notre société avant !

Quand ? D’autres vies !…

un joli oiseau délicatement peint à 8 ans par mon mari attire mon regard pourquoi a t’il atterri ici ?

un petit tableau, une glace ciselée à peine protégée

une boite chinoise que j’ouvre : des boutons, un vieux binocle,des épingles à cheveux, des petits ciseaux de couture

Les armoires vidées pour les travaux dévoilaient en vrac des traces menues du passé

un parfum ténu les entourait, mélange subtil de senteurs plus ou moins écœurantes, épicées

un relent de l’ancien »

Geneviève

« Elle arpentait l’espace, les yeux à peine ouverts, une lumière blanche éclairait son chemin elle longea un placard blanc et vide. Elle y vit une grotte de glace creusée à même le sol et où l’Homme Premier s’était alors protégé Elle dut se ressaisir. Son regard glissa d’un mur à l’autre si blanc si blanc comme la porte qui s’ouvrait sur une autre pièce toute aussi vide et blanche que la première une image lui arriva brutale et nette : elle était allongée sur la table d’opération, le plafond scintillant de spots lumineux, éblouie on allait l’endormir Elle se secoua, l’espace de nouveau s’ouvrait pourquoi ce vide et tout ce blanc?

Elle savait que très vite le plein remplacerait le vide, un plein qui serait étudié,choisi, élaboré et où elle pourrait facilement se retrouver le blanc donnerait vie aux objets les meubles mis en valeur se détacheraient, tout serait magnifié et son regard se dirigea vers la fenêtre qui s’ouvrait sur l’Océan dans la lumière blanche de la mi- journée. »

Geneviève

OCTOBRE 2016

Partir loin de toi

Pour revenir bien vite

Sans toi sans moi rien

Nous serons soleil

Cette fois toi et moi

Demain il fera le temps

Qu’il faudra toujours.

Pascale et Geneviève

 

Vert je passe vite

Rouge tout se télescope

Crac crac boum boum hue

Les sons bleus scintillent

Les cris frappent et hurlent

Sur le tambour bleu du ciel

Calme et volupté.

Pascale et Geneviève

 

Sa tristesse montait

Tout son corps tremblait de peur

le ciel embrasait

Mes yeux scrutant l’horizon

J’oublierai ma peine

Pourtant si fragile j’étais

L’horizon s’ouvrait.

Geneviève et Pascale

 

L’herbe suintait

Les arbustes transpiraient

la mouche voletait

Tournoyait et m’agaçait

Petit à petit pouf

Le bruit s’étire et s’envole

le va-et-vient cesse.

Geneviève et Pascale

 

Il faut les compter

Je parle bien des syllabes

C’est la contrainte

Qui peut être la plus belle

Leçon de vie

D’espoir et de courage

Une vie bien remplie.

Chloé et Sandrine

 

la lumière bleue

Passe à travers la vie

Donne la couleur

De la tristesse éphémère

Les amnésiques…
Oublient ce qu’ils veulent bien

Et tant mieux pour eux.

Sandrine et Chloé

 

Le soleil brille

Et les orages pointent

Noir est la couleur

Rouge est la belle couleur

Sombre est le décor

Manque de vie et de joie

Comme un manque…

Sandrine et Chloé

 

Je me sens joyeux

Ma gaîté est si belle

La joie c’est la joie

Emotion qui transporte

Dans la vie de tous.

Il y a les sentiments

partagé ou non.

Chloé et Sandrine

AOUT 2016

La ligne droite

Je suis soldat j’ai 24 ans. Et je me bats en Algérie.

Je suis soldat et je n’ai pas demandé à être ici.

Le ruban d’asphalte fend le paysage en deux en une symétrie quasi parfaite. Il est mon horizon et ma frontière. Ne regarder ni au-delà, ni en deçà. Ignorer les montagnes et la fureur des fellaghas. Décider au moins de cela. Le reste ne m’appartient pas. Je vais mourir ou peut-être vivre, je ne sais pas.

9h

Posté sur mon ruban. Petite boule de matière vivante dans le paysage immobile. Incongruité qui me rassure. Seuls les intrus vivront. Ne pas se laisser absorber. Ne pas me fondre dans cet espace. Je me contiens. Je me compte, je me mesure et je me délimite.

Ils ne m’auront pas.

Je fonds.

Je me pèse, le compte n’y est pas. Je suis déjà un peu moins moi. Je suis traversé par l’air et le soleil et le bruit des moteurs. Je suis posté le long de la ligne droite. Devant moi les véhicules prennent de la vitesse. Je me dis, voilà donc le choix qu’ils nous laissent : nous hâter ou pas d’aller au combat.

12h

Il n’y a plus air ni soleil. Il y a le feu qui souffle sur moi. J’ai mal. Je n’entends plus le bruit des voitures qui passent. J’ai mal. Je me dis « je pourrais traverser sans regarder et devenir ruban moi aussi. » Je renonce à l’incongruité. Elle ne peut rien pour moi. J’ai mal. Mais je ne traverse pas.

Mots liquides et poreux. Mots sans chute, mots marchants, légers, vibrants, que l’on attrape du bout des doigts et que l’on relâche sans peine, car le bonheur est dans le voir. Ne pas posséder, observer juste vaciller, comme vacille un peu chaque jour ce qui est vibrant.

Un peu chaque jour se déposséder de soi.

Ce soir, c’est relâche.

« (…) Il faut dire les choses. L’Algérie est un champ de bataille. L’Algérie est une guerre et ce sont les femmes qui en souffrent le plus (…) »

Hortense plie le mot en quatre et le glisse dans sa manche pour ne pas que Jeanne le voit. « Allons-y, elle dit. Jean n’aime pas nos retards. »

«Puisque je te dis qu’il ne m’aime pas ».

Jeanne dit cela si fort que tous les acteurs l’entendent et la regardent.

« Il ne m’aime pas, elle redit. Il t’aime toi. »

Le metteur en scène met un doigt sur ses lèvres. Pour un peu il se mettrait à trépigner. C’est ce que chacun attend. Quand Jean trépigne, la troupe se détend.

Jeanne a dit « puisque je te dis qu’il ne m’aime pas qu’il t’aime toi » entre deux gouttes de pluie. Même le vent s’est levé sur le théâtre de plein air. C’était à prévoir et chacun râle. « Pourvu qu’il pleuve un peu aussi là-bas », pense Hortense. Une étoile traverse le ciel et tous font Ooh…

« Pourvu que cela ne soit pas toi », elle pense en silence. « On n’annulera pas Draguignan, avait dit Jean. Draguignan c’est important ». « S’il pleut à Draguignan, tu reviendras », avait hurlé Jeanne en silence.

Il pleut à Draguignan ce qui rassure Hortense. Mais l’étoile qui a traversé le ciel c’est … sans doute une blessure. « Il reviendra mais sans son bras, voilà », décide Hortense.

Jeanne se prend les pieds dans le tapis et tombe en bas car Hortense pense à haute voix.

Jean trépigne, la troupe se détend.

(…) Les événements s’étirent et les hommes souffrent.

La peur est partout. J’ai peur de la peur. Je rêve d’un monde meilleur.

Je rêve de pesanteur et de moiteur. Chaque jour de prendre du poids immobile.

Oui je cherche mes racines et ma maison (…)

« Constantine est tombée sous les assauts des fellaghas. Jeudi noir en Algérie. »

Sur cinq colonnes à la une, ce titre m’emplit de tristesse et d’inquiétude.

Je suis le journal. Je garde, je jette, je choisis ce que je donne à lire du monde. Je suis le grand fragmentateur, le grand explicateur, le grand décidateur. Ce que je dis ne se discute pas. Mais Hortense c’est différent. Hortense me découd et je dois dire que j’aime ça. Chaque jour avec sa paire de ciseaux elle me découpe. Et pan mes pages société, et pan ma rubrique politique, prends ça le fait divers ! Hortense me déconstruit. Elle déconstruit ma vision du monde et récrée avec quelques coups de ciseaux bien placés un autre monde, naissant, renaissant, resplendissant.

Louis mon pote ronfle dans son coin. Moi, le claquement des balles traçantes m’empêche de dormir. La nuit algérienne prive de sommeil des soldats, d’autres pas. L’égalité n’est pas de ce monde. Et demain qui de Louis ou de moi mourra ?

Jeanne compte la recette. C’en est fini pour ce soir. Elle compte la recette qui ne fait pas le poids. Trois francs six sous en deux rouleaux c’est peu pour tenir tout un mois. Elle ne rajoute pas de bois dans la cheminée, elle ne danse pas et ne chante pas. Elle pense puis dit à haute voix « Et moi, moi, qui m’aimera ? »

Hortense rêve : je suis traversée par l’air et le soleil, par le bruit des moteurs. Je suis postée le long de la ligne droite. J’attends un homme qui ne vient pas.

Catherine

ÉCRIRE

 Mon écriture tout en élégance, délicatesse et sensualité, alors que je la pensais drôle, incisive et percutante !

Je l’ai souhaitée « Autre », elle se révèle différente.

Peut-être est-ce l’« étranger » dont nous parlions, caché au fond de moi, qui surgit sous ma plume. Suis-je deux ? Suis-je l’Autre ? Suis-je autre ?

Quelle importance.

Je découvre l’écriture comme un sport ou un art, qui demande travail et entraînement pour s’épanouir. Courbe inachevée mais infinie.

Travail plaisant, refaire le monde en un joli puzzle, créer l’émotion. La mienne et la vôtre.

Comme l’extension en étoile dessinée par Paule (ou Laure ou Flore), quelle direction prendre ?

S’installer dans une écriture confortable et la peaufiner ?

Essayer d’écrire à la manière de … Duras ? Proust ? Maupassant ? … Musso ?

Travailler différents registres ?

Partir sur un roman, de la Poésie, un article, une nouvelle ?

Une seule certitude… continuer à écrire.

Même pas mal !

Sandra

Bilan de stage

A cours de ce stage « des océans ont remplacés les larmes ». J’en ai vraiment bavé pour suivre les consignes et améliorer mon écriture.

« Des bribes, des bribes de mots, surtout des bribes de maux » qui sont venus remuer en moi les remparts par rapport aux « bribes du monde ». Bref le travail de l’écriture avec toutes ces facéties. La réécriture m’a fait sortir de mes frontières et m’a obligée à révéler une autre forme d’écriture que la poésie… Ce travail de réécriture m’a permis « de chasser la gratuité ».

« La poésie de Jeanne » m’a remuée, l’écriture de Catherine m’a secouée, l’écriture de Sandra m’a profondément touchée et celle de Gisèle m’a émue. Toutes ces écritures mélangées m’ont fait grandir et prendre un peu plus confiance en moi pour aborder le « challenge » du Diplôme Universitaire d’animateur en atelier d’écriture. Merci à Paule Brajkovic, dite aussi Paulette, Flore, Flora selon les heures du jour, notre animatrice qui avec chacune de ses personnalités a su me guider… Oui, Oui, Oui « j’ADORRE LA CHUTE »

Marie-Christine

Il pleut

IL pleut ,le parapluie est cassé

C’est un 12 avril , il pleut ,

Part sans cause réelle

Il pleut et il se glisse là, grand, trop grand,…

Il pleut, le parapluie est cassé, il allait vers le fleuve ,il va vers le fleuve ..

brouillard .

courrier non lu, non ouvert

Assembler les morceaux du puzzle ,là le rectangle ,le carré bien carré ,le cercle là

Courbe inachevée, reconnaître les faits ….sourire

Divaguer un peu, incertitude, la lettre n’est pas lu, pas ouverte

L’enveloppe bleu pale le bureau brun, la pluie au dehors

Mais le vent …il arrive ….le parapluie ne servira pas il est cassé

La pluie. chassée par le vent

La montagne se creuse d’ombres tendres, la fleur de chicorée est simple, bleu mouillé trop

pale

enveloppe bleu fermée sur le bureau

je filme la scène

la montagne ,le courrier ,le bureau ,la fleur de chicorée l’absence

J’arrête de filmer j’arrête tout

Coupez !

Jeanne

Mai 2016

 « Monsieur, je vous demanderais d’acquitter ce prénom car c’est un prénom qui se porte bien, il n’y a pas de honte à porter ce prénom. C’est un prénom facile, ce n’est pas comme Gertrude ou Yvette. Ce prénom signifie jeune pousse en grec et pour ma cliente cela signifie grand. Pour elle ça veut dire que pendant toutes ces années. Cette jeune personne poussera, que même quand elle aura fini sa croissance elle en apprendra et sa connaissance poussera au fur et a mesure, que même quand elle aura 85 ans sa sagesse continuera à pousser. En gros c’est que pendant toute sa vie son âme va pousser, c’est à dire qu’elle va mûrir. »

Chloé (14 ans)

Voici une photo, un tout plein de personne réunit, heureuse, comme une grande fête, mais un détail me trouble, je ne voit pas mon visage. Après de longues minutes à réfléchir pour quelle raison je ne m’y trouve pas, j’ai eu la réponse et elle était toute bête. J’ai remarquer qu’au dos il y avait marquer « juillet 1975 » et tout simplement je n’était pas née. Je suis née 25 ans après mais c’est bizarre, toutes ces personnes ont exactement la même tête comme si la photo avait été prise hier ou même demain. Si cette photo avait été prise 35 ans après, nous y aurions vu les mêmes personnes mais on n’aurais vu d’autre personnes assez jeunes, dont moi. Je serais habiller tout en noir, jeans t-shirt et baskets noir, visage souriant également, car cette soirée aurais été tout aussi superbe. Un détails qui aurais changer, ça ne serait pas les photos ou l’on voyait tout le monde, non ça serait plusieurs selfies. Les projecteurs et les enceintes aurait été largement plus performant.

Chloé (14 ans)

Se réveiller doucement, tranquillement, soleil au grand jour qui transperce les volets. Réveiller pleine forme, avec la joie, mais plus les secondes passent et plus les sentiments changent, on passe du rire aux larmes, un seul sentiment, le dégout de cette personne, repenser aux bons moments et juste après aux pires. Aux maux, ce moment ou je t’ai rencontrer, que tu as changer ma vie puis penser à la rencontre, a ces mots, se dire que j’aurait dût couper la conversation tant que je le pouvais. Et ce dire que ce qui est fait est fait.

A un beau jour d’automne, j’était entrée dans le beau monde des licornes et de leurs amis les schtroumpfs. Comme à mon habitude. Mais ce jour-ci, ce fût différent. J’avais le pressentiment que quelque chose aller arriver. Mais je fait comme si de rien n’était. Un peu plus tard dans la journée, il y avait eu le traditionnel combat médiéval. J’avais décider d’y participer. On m’a donc poser une corne et les armures nécessaires, on ne voulait pas d’accidents. Le combat commençait, c’était un beau combat mais tout à coup la licorne m’avait toucher et transpercée. On m’avait équiper d’une armure défectueuse. On m’emmena vite à l’hôpital, j’avais passer 5h au bloc. Mais malheureusement j’avais succomber à mes blessures. A l’annonce de ma mort, tout le village avait fait 1 minute de silence.

Chloé

 

« Monsieur Le Président, 

Ma cliente Mme JURBERG, ici présente souhaite changer son nom.

Dans l’histoire de ma cliente, son nom de famille lui a été donné par le mariage de sa mère avec un homme qui n’était pas son père.

Il est vrai que cet homme l’a élevé mais en faisant toujours des différences avec ses propres enfants.

Ma cliente a vécu pendant des années en sachant que ce nom n’était pas le sien, que son origine n’était pas celle de sa famille adoptive et qu’elle n’avait aucun lien avec leur histoire.

Non elle ne peut pas ressembler à Nathan, et non la couleur de ses yeux ne vient pas de sa tante.

Elle a toujours vécu comme une imposture le fait de porter un nom qui ne lui était pas destiné.

Ma cliente connaît aujourd’hui son histoire et ses origines, son père biologique était espagnol, qui a passé sa vie en France où il a rencontré sa mère.

Les aléas de la vie ont fait qu’ils ont été séparés avant la naissance de ma cliente.

Cependant ma cliente ne veut pas porté le nom de son père biologique qu’elle ne connait pas puisqu’il est décédé, et qui n’a pas assumer son rôle de père pour elle, malgré le fait qu’il connaissait son existence et rien fait pour la retrouver.

Ma cliente est maintenant apaisée concernant ses origines, elle connait enfin son histoire paternel, elle sait d’où elle vient.

C’est pour cela que ma cliente veut porter le premier nom qui lui a été donné à sa naissance, le nom de sa mère, ce nom dont elle connait l’histoire, ce nom donné par son grand-père, qui a toujours été auprès d’elle et qui l’aimé.

Donnez à ma cliente, Monsieur le Président, ce nom qui a toujours été le sien »

Sandrine

 

« Je me vois bien mourir à 102 ans, entourée de toute ma famille, enfants, petits-enfants, arrières petits-enfants après une longue vie bien remplie, dans mon sommeil, sans souffrance et avec toute ma tête.

Me coucher un soir, après avoir embrassé tous les miens et ne plus me réveiller sans aucuns regrets. Laisser le souvenir d’une femme bien et heureuse, aimante , peut-être un exemple à suivre.

 Mourir de plaisir

Mourir dans un champs de fleurs

Mourir en me sacrifiant pour un des miens

Mourir subitement

 Mon temps est limité sur cette terre, alors après les premières années où je n’ai rien décidé, juste obéi.

Après quelques années, de tentatives de rébellion sans avoir le courage d’aller jusqu’au bout.

D’autres années encore, à suivre les autres, à rentrer dans le moule de ce que l’on attendait de moi.

Et enfin les années libératrices !

Maintenant, le regard des autres a tellement moins d’importance, j’ai enfin compris ce qui était compte le plus pour moi.

Le reste de ma vie sera ce que j’en déciderai !

Je veux vivre libre de mes choix, ne blesser personne, de plus donner d’importance à ce qui n’en a pas ou si peu.

Voir la beauté là où elle est.

Ouvrir mon esprit le plus possible à la tolérance.

Et vivre le plus possible en paix avec moi et les autres.

 Je vous avez pourtant bien dit que je voulais vivre ! »

Sandrine

 

« Sur la photo de famille retrouvée, nous sommes tous les cinq.

Photo unique d’un bonheur sans tâches.

Mais si cette photo avait été prise un peu plus tard, il y aurait Franck, l’homme qui a redonner la joie de vivre à Julia.

Il est déjà dans sa vie mais pas encore présenté à la famille.

Par sa joie de vivre et son humour, il a trouvé naturellement sa place auprès de nous.

Il manque aussi sur cette photo, Merlin notre petit chien fou, ses bêtises et sa vitalité infatigable, il nous fait devenir fous mais comment ne pas craquer devant sa bouille adorable.

Mais plus que tout, il manque le premier enfant de Julia et Franck, fille ou garçon peu importe, pour que cette photo soit complète dans le bonheur d’être enfin tous réunis.

Ensemble. »

Sandrine

 « Sur cette photo, j’ai seize ans, un short marron un peu court, une blouse blanche un peu transparente laissant deviner des seins fermes, des baskets, tenue d’ado par excellence, les cheveux en bataille, un sourire jusqu’aux oreilles.

Nous sommes deux, je le dévore du regard, en essayant de paraître naturelle sans y arriver.

Nous sommes dans un parc, il fait beau, sur un tourniquet, il rit aux éclats.

Elle n’a pas vu que je prenais la photo, elle est heureuse et on la devine amoureuse bien qu’elle essaye de le cacher. Son regard est pétillant et malicieux.

Elle imagine leur avenir, il ne peut être que beau et l’amour durer toujours.

Je me souviens de ce moment et de tout ce qui n’est pas sur cette photo, il était mon premier amour, et je croyais à un avenir radieux, que tout était possible, qu’il suffisait de le vouloir.

Et puis un jour, il est parti me laissant seule sur le tourniquet, qui ne tournait plus, je n’ai pas compris pourquoi.

Et la douleur s’est installée. »

Sandrine

 

« Fernand

Même en 1945, il faisait vieillot…

Il s’était imposé à la famille. Peu de temps avant ma naissance, Fernand Bonnefoy, résistant notoire, est mort dans un des derniers combats de libération de Marseille. Une plaque, sur place, et un boulevard dans le quartier de la Capelette, porte son nom.

Un Fernand disparu, la famille a désigné la relève.

Si on avait suivi la mode, je serais un Michel, un Jean Marc…

Mais quand on a un prénom porté par un boulevard, une famille en deuil et la patrie reconnaissante, on est mal venu de refuser l’héritage.

Changer ? Dans ma famille, un oncle paternel prénommé Jean, choisit de se faire appeler Charles, Ma propre mère refusa son prénom et choisit Yvonne, rejetant, et on la comprend, Baptistine, lasse qu’on cherche après Titine…

Mais apparemment, pour moi, elle n’a rien pu faire. Ou n’a pas cherché. Fernand, c’est moche, vieillot mais pas scandaleux, devait elle penser.

Je gardai donc, jusqu’à ce qu’une petite amie, en fait ma première relation « sérieuse », décide que, non, décidément… et me rebaptisa Francis à son usage personnel. Mais elle ne fit pas école.

Lorsque Claudine (elle, c’était à cause de Colette, dont sa mère était du fan club) et Francis se séparèrent, ne resta que Fernand, mais du coin de ma mémoire où il était caché, Francis ressortit comme prénom de mon pseudo littéraire.

Farioli, mon nom,

je n’ai jamais bien su ce que ça signifiait, de quelle étymologie il était issu. Un moment, j’avais imaginé que fari avait quelque chose à voir avec faire, et oli, avec l’huile. Les Fari oli ce seraient donc des faiseur d’huile… mais non, je ne connais pas l’italien, mais huile se dit olio, et fari n’a rien à voire avec fare, m’a-t-on assuré.

Sur internet, les explications étymologiques étaient confuses et contradictoires..

Lorsque je me renseignai sur les lieux de naissance de mon grand-père et ma grand-mère paternels, je découvris deux villages, proches, Frassinoro et Fontana Lucia, très hauts au dessus de Modène, dans la montagne, et il s’y pratique des sports d’hiver, des activités de moyenne montagne. Un sentier de randonnée, dit sentier mathilde di Canossa, traverse quelques hameaux dont un, tout proche de Frassinoro, a pour nom : « le Case Farioli ».

un établissement de Frassinoro est une Alberga Farioli.

Je ne doutai pas, alors, avoir repéré le noyau d’origine de la famille.

Il y a des Farioli en corse, et beaucoup en Italie un peu partout, c’est un nom, ni vraiment répandu, ni spécialement rare. Il est amusant, en composant « Farioli » sur Google, de découvrir la grande diversité de la diaspora : ça va d’un champion motocycliste à quelques universitaires, mais aussi, hélas, un élu de la ligue du nord… Un chant révolutionnaire chante les louages d’Ida Farioli… et je me retrouve, par ci par là sur quelques sites.

Mes enfants, ceux de la photo, ont un jour évoqué un possible « voyage des origines » à Frassinoro et aux Case Farioli… mais cela ne restera peut être qu’à l’état de rêve… »

Fergus

« Comme par surprise….

Ce petit appareil Samsung est bien commode : il tient facilement dans une poche, ne pèse pas très lourd… Mais comme j’avais des appareils plus sérieux, un reflex Pentax et un bridge Lumix, et que mon smartphone prenait des photos déjà de qualité quand on ne cherchait pas trop la sophistication, j’ai donné le Samsung à ma fille, qui a pu ainsi photographier sous touts les coutures sa fille.

Avant de lui donner, pourtant, je récupérai les 458 photos prises sur la carte mémoire.

J’avais fait plusieurs tirages papier de beaucoup d’entre elles, la plupart pourtant, n’avaient pas été exploitées. Récupérées sur mon PC, je les passai en revue sur plein écran. J’en profitai pour éliminer les plus redondantes, et les ratées, les pas trop nettes.

A celle-là, le clic sur « delete » semblait aller de soi. Très déformée sur les bords, surexposée au premier plan, des personnages qui en cachaient d’autres, dans cette série là, il y en avait une bonne vingtaine tout à fait réussies.

Pourquoi ai-je hésité ?

En y regardant de plus près, en oubliant les défauts manifestes, j’ai compris.

C’était une réunion de famille : mes trois enfants et les enfants de mon fils, le bébé de ma fille cadette. Ma fille aînée, sur le coté droit, n’avait pas d’enfants ni de compagnon. Un repas d’été, de vacances, avec retrouvailles des dispersés : mon fils vit au Danemark, mon aînée à Paris, ma cadette à Venelles…

Il y avait aussi, autour de la table, la femme de mon fils et le compagnon de ma fille cadette. Mais, curieusement, les autres personnages les dissimulaient. Ma fille aînée à gauche, cache la mère des deux enfants de mon fils, et ma fille cadette, à droite, dissimule son compagnon.

Autrement dit, cette photo représente l’intégralité de ma descendance. Tous les personnages visibles partagent quelques gènes avec moi.

Personne d’autre…

Et … je ne l’ai pas fait exprès. J’avais bêtement mitraillé une vingtaines de photos en tournant autour de la tablée, la plupart avec un seul ou deux trois sujets, peu de globales, faute de recul, sans doute…

Par inadvertance, j’avais photographié ma descendance. »

Fergus

 « J’ai dix ans, peut -être onze.

Je ne suis pas sur la photo. C’est normal. C’est moi qui la prend. Mon père et mon oncle Albert parlent devant la belle moto toute neuve d’Albert. Ils posent, étrangement, de part et d’autre du bel objet, avec ce rien de fierté qu’on voit au front des pêcheurs ou des chasseurs qui ont une belle prise à exhiber, une pièce qui mérite la photo, et Albert devait apprécier la Terrot 125cc comme une belle capture. Mon père était un témoin heureux de l’acquisition de son frère.

Mon appareil est une sorte de boite cubique très simple, avec aucun réglage, à part « instantané » et « pose ». Au dos, dans un petit regard, je constate que c’est la première photo du rouleau, et que, si je ne tourne pas le bouton d’enroulement jusqu’au numéro suivant, la prise d’une nouvelle photo ne sera pas possible. La photo avec mon père et Albert, c’était la numéro 1.

Oncle Albert me propose de poser à mon tour, mais moi, il me dit de m’installer sur la selle. Je m’installe donc, les pieds allongés comme ceux d’un cow boy, et fortement penché en avant, j’empoigne les deux extrémités du guidon. J’ai un duffle coat, avec une capuche sur les épaules, et des culottes courtes, des chaussettes qui semblaient vouloir se réfugier dans mes chaussures, des mocassins sans particularité notable.

Évidemment, la Terrot 125cc est posée sur sa béquille, et le tout penche légèrement à gauche. Il prend la photo.

Le jeu va continuer : au tour de mon père, puis d’Albert de jouer les motards à l’arrêt, mais parfois avec des mines qui semblent affronter le vent de la vitesse. Mon père avait encore ses cheveux noirs, Albert avait une belle tignasse. Tout le rouleau de douze y était passé.

Il ne me reste que deux de ces photos. Moi, et oncle Albert sur la moto,

Pas mon père, dans ce qui reste. Ni la photo numéro 1.

J’avais gagné cet appareil à un concours du chocolat Kohler (orthographe non garantie). Je l’ai reçu le matin même où l’oncle Albert est venu montrer sa moto.

Mon père avait un appareil photo à soufflet, un Vest Pocket de Kodak. Pas question qu’un autre que lui ne le touche. Même pas ma mère, qui ne cherchait d’ailleurs pas.

Le petit cube noir, c’était mon premier appareil. Cette photo numéro 1 avec papa et Albert, c’était la toute première photo que j’ai prise. »

Fergus

 Mars 2016

Il était deux fois l’histoire des deux Cendrillon. Un jour les deux sœurs rencontrèrent deux jolies bonnes fées. A l’aube les deux sœurs voulaient aller à un bal donc les bonnes fées leurs lancèrent un sort qui faisait aux Cendrillon deux merveilleuses robes. Mais il leur fallait un carrosse aussi  donc les fées donnèrent un sort aux deux citrouilles celles-ci se transformèrent en deux magnifiques carrosses. Il manquait des chevaux, fort heureusement six souris traînaient à côté donc en deux coups de baguette les souris se métamorphosèrent en chevaux, trois pour chaque carrosse. les fées dirent aux Cendrillon  :  » attention à minuit pile tous les pouvoirs disparaîtront . » parties à ce bal. ce  bal était beau, gracieux, charmant .Chaque Cendrillon rencontra  son prince ils parlaient tellement qu’ils ne voyaient pas le temps passer , une des Cendrillon regarda l’horloge et dit à l’autre  » mince il est minuit moins cinq ,il faut partir  » Un seul problème le château était à 30 minutes du bal  elles n’auront jamais le temps . Les filles se précipitèrent et firent tomber leurs chaussures en verre. Les princes voulaient ramasser les chaussures mais ils étaient très maladroits alors ils les  firent tomber et les chaussures se brisèrent .Les princes ne revirent plus jamais les Cendrillons et n’eurent pas d’enfants .De leurs côtés les Cendrillons fuguèrent du château pour vivre l’aventure. 

Chloé (14 ans)

 

L’importance n’est pas la chute mais l’atterrissage

Ce soir je resterai éveillée à me demander pourquoi

La différence est mauvaise pour certain.
J’écris pour m’exprimer au lieu de parler

J’écris pour rêver

J’écris pour l’évader de la réalité

J’écris pour m’inspirer.

Chloé (14 ans)

JANVIER 2016

 

 SAVE0078Meryse

 

 

A partir de Cendrillon

 Il n’était pas une fois, une petite fée qui avait l’air d’une souillon attachée à un bac à cendres pour cause de transgression dans le beau pays des contes. Elle n’avait plus pour un temps le pouvoir de s’en détacher, s’appelait Cendrillon et je vais vous raconter son histoire.

   Aujourd’hui était le temps de la vingt-cinquième grand-tante qui organisait l’éducation des jeunes fées pour la bonne surveillance de la terre par la tribu des Quatre Ailes.

Obligées à une apparence féminine humaine, les jeunes ailées étaient attribuées à de grandes demeures abritant les dynasties régnantes de part le monde où elles avaient pour un moment un devoir de ménage et de surveillance.

  Cette bâtisse-là était très grande et froide et abritait une  famille royale de la contrée d’ici. Composée d’une mère revêche et extrêmement riche, de sa fille peu avenante en âge d’être mariée et d’un jeune homme charmant appelé Prince, premier fils d’un mari décédé.

  La petite fée et la jeune fille étaient secrètement amoureuses de Prince et n’attendaient qu’une occasion de le lui faire savoir. Ce qui fut bientôt fait avec l’invitation annuelle au prochain « bal des rencontres » qui devait avoir lieu dans la maison.

  La vieille mère dépensa une fortune pour parer sa descendance du meilleur effet possible car elle comptait sur un mariage qui lui en donnerait. Et cette fois-ci, la demoiselle qui avait la taille mince avait belle allure dans une robe de brocard doré rehaussée de fines dentelles et d’une voilette assortie qui dissimulait en partie son visage ingrat.

  Notre petite fée, condamnée aux préparatifs, décida quand tout fut prêt de s’inviter au bal.

Coquette, elle aimait se parer de jolies toilettes empruntées aux quatre éléments. Oubliant les recommandations de sa grand’tante, elle décida d’emprunter ses plus beaux atours au « Feu ». Elle avait préparé tant et tant de foyers pour chauffer la vaste demeure que son spectacle l’avait envouté.

  A l’abri des regards, elle s’inventa une jupe de flammes, une collerette d’étincelles, des escarpins de braises… des rubans de fumée voletaient à la pointe de ses cheveux.

Elle flamboyait!

Elle illuminait…!

Mais ne prit pas garde au petit tison rougeoyant qui, accroché à une mèche, prenait vie dans cette magnifique chevelure virevoltante. En un rien de temps, elle s’enflamma et brûla son dos la privant à jamais de ses quatre ailes.

La vieille mère eut deux petits-enfants et a, toujours à son service, une silhouette sale mais discrète qui, ne s’occupe que des foyers de la demeure et que l’on appelle désormais Cendrillon.

Pascale

 

Ecrire dans le noir

 Bonjour, lumière, noir….facile peut-être!

Toujours tenir le fil des images.

Ecrire, écrire sans voir, sans fil, sans lumière,

Sombre!

Peut le temps, les ombres, fastoche!

…Venir de loin, d’ici,

Ailleurs, contour,

Chaise,

S’assoir au bout de la vie, du monde.

Les mains, les tiennes, facile!

Je pense nourrir ma tête de mots,

Semblable,

A faire!

N’importe quand.

Pascale

 

Le contraire de la poésie

 

La poésie, ce n’est pas…moi, le matin qui pense à l’eau froide que je vais mettre en premier sur mes yeux, dès le saut du lit pour les désembrumer de la nuit…encore que!

 

Ce n’est pas toi, qui m’ennuie de répéter toujours que tu ne sais pas comment j’ai fait cet imbroglio d’actions que je comprends plus sur l’ordinateur… encore que!

 

Derrière le froid de la première toilette du matin, l’incompréhension devant la machine qui ne fait pas ce que l’on souhaite, il y a les sens, les sentiments, l’ordinaire de la vie, les mots à dire pour réagir, s’indigner, rouspéter, vouloir…mais ceux-là, je ne les écrits pas !Pascale

 

Déracinés

 

Ce serait une simple affiche qui annoncerait une soirée de tango…

Intemporel, multiple le tango, pauvre et voyou, ce qui se joue entre les hommes et les femmes, dans complexité, ce tango venu d’un passé en partie perdu, et pour tout dire malade, il va se déployer sous le jeune regard attentif et inquiet, doute et vigilance, qui attend ce qui va advenir de tout cela.

Rencontre contemporaine, juste sur le bord du moment, parcours aventuré d’un poète du son qui volute longuement autour du geste de danse, ce même geste qui font que toutes les danses se ressemblent, qui appellent leur musique. Vivre arrachés par la musique, les pieds qui déracinent sans arrêt mon corps, et me sauvent du destin des arbres. Ce qu’on fait de nos pieds conditionne notre liberté ou nos blocages. La danse et ses musiques nous arrache à notre destin végétal.

De ce grand moment de la soirée se captera un peu de l’universel, un rien du fondamental, une fête de l’anima, éternelle déracinée, partie pour tous les ailleurs et ses herbes plantées…

Fergus

2015

NOVEMBRE 2015

Ouvrons l’œil

Avez vous remarqué ? Il y a beaucoup de façons de se frotter les yeux. Certains, les deux poings fermés, donnent un petit mouvement circulaire des poignets, d’autres passent longuement leurs doigts joints, mains plates, de haut en bas, ou préfèrent utiliser le dos de la main, dans un mouvement horizontal. On utilise soit une seule main, soit les deux à la fois, dans un mouvement symétrique. Ou pas. Et bien des variantes encore…

Elle, c’est très particulier. Elle utilise du poignet au bout de l’index, le tranchant côté pouce de la main, (pas celui des casseurs de brique, l’autre côté) dans un mouvement qui part le long du nez et se poursuit comme une vague assez gracieuse le long de l’orbite basse, profitant du relief de l’articulation entre l’index infléchi et la paume. La fin de l’index, dans son parcours, longe les cils.

Il lui arrive de compléter son geste par un petit grattement de la pointe de l’auriculaire dans le creux contre le nez.

De toute petite déjà. Sa mère m’a confirmé, et prétendait l’avoir remarqué dès sa première semaine de vie. C’est pourtant un moment ou la motricité des gestes est loin d’être maîtrisée… elle a rajouté :

– d’ailleurs, tu fais pareil !

– Moi ?

– Toi, oui ! J’avais trouvé ton mouvement assez particulier, mais quand j’ai vu la petite faire pareil … ça vaut bien un test génétique, çà !

Vous me croirez ou non, pour moi, je n’avais pas remarqué…

Dès lors, je vous y convie, comment les gens de votre entourage se frottent-ils les yeux ? Faites appel à vos souvenirs : comment celles ou ceux qui s’éveillèrent près de vous s’y prenaient-ils ? Gestes gracieux ou lourds de la sortie du sommeil ?

Et vous ? Comment vous y prenez vous ?

Ce geste exprime-t-il une dimension cachée de nos personnalités ? Sans doute pas. Mais qui sait ?

Fergus

 DECEMBRE 2015

Un beau matin d’hiver, le réveil sonne, j’ai 40 ans. L’âge de l’épanouissement, l’âge où la vie doit être belle. Il fait froid aujourd’hui, je n’ai pas envie de sortir de mon lit mais le travail m’appelle. Un premier pied en dehors, le second a disparu. Je suis unijambiste.

Je me souviens d’avoir perdu cette partie basse droite lors d’un combat féroce avec une Hyène.

Elle avait des crocs d’une longueur d’au moins 70 cm, c’était un jour d’été.

Nous étions dans le désert, moi et mon ami le robot Pecno et nous avons croisés la route de cette Hyène. Cette pauvre bête n’avait pas vu de chair fraiche depuis des mois, je vous laisse imaginer sa tête et sa faim. La suite, me voilà unijambiste.

Ne vous inquiétez pas, une jambe suffit pour continuer de vivre.

Croyez-moi, le plus embêtant c’est d’avoir la tête d’une coucourde.

Je me souviens de mon joli petit visage fin, sans rides, sans plis avec une peau de bébé mais aujourd’hui il m’est difficile de faire une touche avec un corps masculin.

Hélas, ma tête a gonflé à cause de tous ces tracas, à cause de toutes ces choses que les autres ont voulu partager. Les soucis, les problèmes, les dépressions, les factures, les taxes, le terrorisme, les morts, les médias, les je ne sais moi non plus ça a commencé sérieusement à me faire gonfler. Prise de panique, je suis allée voir mon docteur qui a diagnostiqué une phlébite cerébrofaciale. Depuis, j’évite les cons. Et autant vous dire que cela a rétréci mon champ de socialisation. Je vous en prie, n’ayez pas de pitié pour moi, tout va très bien. Je suis heureuse.

Une dernière confidence avant d’aller chercher mon œil de verre qui est en réparation chez Afflelou. J’ai un peu honte, mais je vous dois la vérité sur les gants que je porte tous les jours. Oui, Mesdames et Messieurs, je ne suis pas une main de fer dans un gant de velours tout cela est trop poétique, j’ai juste perdu ma peau sur mes mains. Par contre, là, je souffre un peu.

La faute à l’eczéma, aux psoriasis et à ces maladies dites « psychologiques ».

Je suis allée voir un marabout mais au bout de la dixième séance à 50 euros de l’heure, je me suis dit : « celui-là, il me prend pour la banque de France ». Je suis donc allée dans une herboristerie du quartier pour trouver un remède «naturel ». Le résultat à super bien marché : ma peau des mains est tombée mais elle n’a jamais repoussée.

Ne vous leurrez pas cher lecteur, tout va bien. J’ai 40 ans et encore assez d’imagination pour construire ma vie comme je l’entends.

Fanny

 

(texte écrit après la lecture d’un texte d’Eric Suchère (Fixe, Désole en hiver) p 42)

Rutilants de soleil , de pourpre et d’or ,effeuillés dans le vent

Les feuilles jonchaient le sol en un tapis mouvant

Bruissement et murmure, tout palpitait sonore ….

Miroir, fondus le ciel et l’eau

D’un côté et de l’autre les mêmes couleurs ambrées

Et les canards sauvages d’un sillon partagé

S’envolaient dans le ciel en fuseau mordoré

Meryse

 

(Ecrire sur: Trois cm2 de corps …pour faire découvrir au lecteur où ils se trouvent)

L’outil jouait le rôle du médiateur

Faire passer l’information quelle qu’elle soit

c’était comme le chat d’une aiguille

sur un si petit espace, les idées les émotions les créations devaient pouvoir passer

Parfois plus rien ne fonctionnait

l’outil devenait ridicule ne servant plus à rien, crispé comme sidéré

le reflux s’installait

ce petit espace devenait infranchissable, immuable,

Quand allait il de nouveau fonctionner 

Et faire vibrer le corps tout entier ?

Meryse

 

La veste.
Elle est là, sur ce fauteuil la veste en cuir de Charles, elle l’attend depuis des jours et des jours, ils ont vécu tant de choses, tant de vies parallèles. Ils ont en bravés des éléments !
Le froid, la pluie, les tempêtes de la vie ! Ils sont inséparables tous les deux depuis des décennies. Ha ! Si elle pouvait parler cette veste ! Elle vous raconterait les espoirs, les déceptions, les douleurs, les joies, les bonheurs, tout ce que vous ne pouvez pas voir quand vous rencontrez Charles. Elle, elle sait !  Elle est la gardienne de ses secrets et de son odeur, son cuir en est imprégné.
Elle ne comprend plus rien, son absence la taraude.
Où est il ?
Que fait il ?
L’aurait-il remplacé par un vulgaire blouson ?
Elle garde précieusement son empreinte comme pour l’obliger à revenir .
Elle ne sait pas encore qu’il ne reviendra pas, que personne n’a eu encore le courage de la ranger au fond de l’armoire pleine de souvenirs et de regrets.
 Sandrine Bacquenois

 

 AVANT

Avant fait écrin aux regrets et remords…

Avant on n’a pas fait, je ne savais pas encore, sinon …

Avant souriait au futur accepté comme un présent

Avant était le sens de la marche…

Avant on chantait de vraies chansons, monsieur !

Avant tournaient les moulins

Avant on savait la rose des vents

Avant on s’habillait avec apprêt

Avant on roulait en traction…

Avant, on avait un futur et un passé, à présent, on va de l’avant …

Fergus

 

Nous ne savons des autres que ce que leur corps imprime…

c’est une impression bizarre quand nous identifions ce qui s’imprime en nous…Parce que nous, naïfs, on se croît créateur exclusif de nos pensées, nos idées, notre sensible… mais quand on est confronté à la preuve tangible que ce propre, ce personnel, n’a pas eu de génération spontanée, que le mot créateur et création est la plus vaste tromperie tendue en miroir aux artistes, comme aux hommes convoqués à la croyance, on plonge, amers, dans le bain d’un déterminisme absolu, toute cause a une inéluctable conséquence, n’arrive que ce qui doit arriver… la trace que nous croyons nouvelle était déjà là, pré inscrite, juste au moment elle advient…Puisque n’advient que ce qui doit arriver, pourquoi regardons-nous avant de traverser ?

Regarde les autres imprimer…

ta compagne a pris sur son cou, un pli de l’oreiller, sa cheville, côtes inversées de chaussette…

Et toi…

Il y a là où tu t’es cogné, trace sévère, la blessure, et bien plus immuable, la cicatrice…

ou la ride qui s’est chargée d’une anecdote de ta vie, ou des coups répétés de tes aliénations…

tout un corps, avec l’histoire de ses luttes, corps horloge de la traque de l’âge…

mais ils ne sont pas indemnes, les objets, les lieux…

Ce verre, avec une brume en bord en forme de lèvres, assiettes coloriées de l’après manger, couverts croisés, désalignés…une maison au quotidien est une lutte toujours perdue et recommencée contre les traces, nettoyer ta maison, comme à nettoyer ta mémoire…ce qui reste, c’est ce qui a échoué de l’entreprise du démarquer…il y a de l’épave dans la mémoire…

les lits ont pris tant de traces, d’empreintes, de chaleurs, le fauteuils griffés et fessus, les chaises qui gémissent et ont pris elles aussi de l’arthrose … les marques de pas creusent le bois des marches d’escalier, les suies nous disent le remords des flammes dansantes rougies cachées au pli des bûches, et les vapeurs aromatiques de bien des saveurs passées… une odeur de maison, ça vient du fond de nos âges, et ça poursuit le chemin…

empreintes… la trace en nous des autres, leur image… on pense connaître des gens, on ne peut atteindre que leur image en nous…on peut s’imprégner, s’imprimer des autres, changer le dessin, par touches successives…

tout est affaire de traces… comme les mots

Fergus

 

 

 

 

 

 

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